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Jeunes aidantsLecture : 8 min

Jeune aidant : aider quand on a vingt ans

« J'ai un partiel dans trois semaines et un frère qui m'attend le samedi. » Cette page est écrite pour vous, pas pour les adultes qui parlent de vous. Sans test, sans dossier à monter et sans conseil sur la gestion du temps.

Le samedi

Vous rentrez le vendredi soir. Personne ne vous l'a demandé : c'est simplement devenu ce qui se passe. Le samedi, vous êtes avec votre frère, et ce n'est pas désagréable, c'est juste tout le samedi. Le dimanche soir, vous reprenez le train avec les cours de la semaine intacts. En amphi, lundi, quelqu'un raconte son week-end. Vous ne dites rien, parce qu'il faudrait expliquer, et qu'expliquer prend vingt minutes. Vous avez un partiel dans trois semaines. Vous vous dites que vous rattraperez, et vous rattrapez à peu près, depuis des années.

Cinq choses que vous n'avez jamais racontées

Rien de tout cela ne se voit dans un dossier scolaire.

  • Vous savez donner un médicament, ou faire un geste que vos amis ne sauraient pas faire.
  • Vous regardez votre téléphone pendant les cours, au cas où.
  • Vous n'avez jamais dit à un enseignant pourquoi vous étiez absent ce jour-là.
  • Vous avez renoncé à quelque chose sans en parler à personne, et sans en faire une histoire.
  • On vous dit que vous êtes mature. Vous ne savez pas si c'est un compliment.

Aucun test, aucun score. Si deux de ces phrases vous ressemblent, la page continue.

Le mot existe, et il ne vous transforme pas en cas social

On dit jeune aidant. Cela désigne le fait d'aider régulièrement un parent, un frère, une sœur, un grand-parent ou un ami dont la santé, le handicap ou l'âge rendent cette aide nécessaire, avant vingt-cinq ans1. Ce n'est pas un statut à demander, ce n'est écrit nulle part, et cela ne vous suit pas.

Ce que le mot change est très concret. Tant qu'il n'existe pas, votre situation ne peut pas être prise en compte quelque part : elle n'a pas de nom, donc pas de guichet. Une fois qu'il existe, vous pouvez dire une phrase courte à une personne de votre établissement, et cette phrase suffit à ouvrir des choses qui existent déjà : aménagement d'examens, étalement d'une année, appui du service social, rendez-vous avec un psychologue de l'université.

Et vous n'avez pas à raconter votre vie pour cela. « J'aide un proche malade à la maison, je voudrais savoir ce qui est possible » est une phrase complète.

L'essentiel en 30 secondes

  • C'est quoi, un jeune aidant ? Une personne de moins de vingt-cinq ans qui aide régulièrement un proche malade, handicapé ou âgé. Ce n'est pas un statut à demander et cela n'apparaît dans aucun dossier.
  • Est-ce que je peux avoir un aménagement pour mes examens ? C'est possible dans beaucoup d'établissements. La démarche passe par le service social de l'établissement, le service de santé étudiante, le référent handicap ou le responsable d'année.
  • Est-ce que ça se sait ? Ce que vous confiez au service social ou au service de santé est couvert par le secret professionnel. Vous choisissez ce que vous dites, et à qui.
  • Ai-je le droit de ne pas rentrer tous les week-ends ? Oui. Aucune loi ni aucune règle ne vous impose une présence, et le fait de réduire n'annule rien de ce que vous avez déjà fait.

Trois choses que l'on sait, et vous n'êtes pas dedans par erreur

En 2022, en France métropolitaine, 642 000 jeunes de 5 à 24 ans aident un proche vivant à domicile, soit environ 5 % de cette tranche d'âge1. Dans un amphi de deux cents personnes, cela fait une dizaine de gens qui vivent à peu près votre semaine sans le dire non plus.

Parmi eux, 7 % déclarent que cette aide a eu un effet sur leur parcours scolaire, aujourd'hui ou par le passé, et cette part monte à 11 % chez les 18-24 ans. Les difficultés citées sont les devoirs, l'absentéisme et les retards en cours1. Si vos résultats ont bougé, ce n'est pas forcément un manque de travail.

Une étude française menée auprès de 6 767 étudiants, entre février 2019 et avril 2021, a mesuré que près de 16 % d'entre eux apportaient un soutien important à un proche malade ou handicapé2. Cette étude a été faite pour une raison précise : en France, il n'existait pratiquement aucune donnée sur les étudiants aidants, et donc pratiquement aucun dispositif pensé pour eux.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Le volet consacré aux jeunes dans l'enquête nationale repose sur un petit nombre de répondants, environ 375 jeunes1. Les grandes tendances sont solides, les pourcentages les plus fins doivent être lus avec prudence. L'étude auprès des étudiants, elle, repose sur des personnes qui ont accepté de répondre : cela ne représente pas exactement l'ensemble des étudiants français.

Chiffres vérifiés à la source le 29 août 2026.

Trois choses qui changent quelque chose

Dire à une personne, une seule

Chez les jeunes aidants de 18 à 24 ans, 28 % n'ont aucun autre adulte pour les épauler dans l'aide1. C'est la donnée la plus utile de cette page, parce qu'elle indique où agir : pas sur votre organisation, sur le nombre d'adultes au courant. Une seule personne suffit à changer la situation, et ce n'est pas forcément quelqu'un de votre famille : un enseignant, le service social, le médecin de la personne que vous aidez.

Protéger le sommeil, pas la performance

Quand on tient sur la durée, la première chose qui cède est le sommeil, et il entraîne tout le reste avec lui, à commencer par l'attention et la mémoire, qui sont exactement ce dont vous avez besoin pour réviser. Défendre une nuit correcte trois soirs par semaine vaut mieux que gagner deux heures de révision par nuit.

Séparer ce qui vous revient de ce qui ne vous revient pas

Beaucoup de jeunes aidants finissent par porter des décisions qui ne sont pas de leur âge : les rendez-vous, les papiers, l'argent. Ces choses ont un destinataire officiel, même quand personne ne s'en occupe : le médecin traitant, le service social du département, la caisse d'allocations. Reprendre une seule de ces lignes et la confier à quelqu'un allège plus qu'un conseil de gestion du temps. L'auto-compassion aide, ici, à se retirer une exigence sans se sentir lâche.

Faire le point, sans rien laisser de vous

Le mini questionnaire du site prend deux minutes, ne demande ni nom ni adresse, et affiche vos réponses à l'écran.

Neuf questions, aucun compte à créer, aucune inscription.

Ce que cela vous a donné aussi

Vous avez appris jeune des choses que d'autres apprennent à quarante ans : parler à des soignants, tenir un rendez-vous, décider vite. Des travaux menés auprès d'aidants familiaux relèvent aussi ce que les personnes elles-mêmes nomment de positif dans ce qu'elles vivent, notamment le sens donné à ce qu'elles font et le resserrement des liens3.

Ces travaux décrivent ce que des gens disent. Ils ne vous demandent pas de trouver que c'est une chance, et vous avez parfaitement le droit de ne pas être d'accord.

À retenir

  • Il y a un mot, jeune aidant : il ne se demande pas, il n'apparaît nulle part et il ouvre des démarches.
  • Vous êtes 642 000 en France, soit environ un jeune sur vingt.
  • Si vos résultats ont bougé, ce n'est pas forcément un manque de travail : c'est documenté.
  • La chose la plus efficace n'est pas de mieux s'organiser, c'est qu'un adulte de plus soit au courant.
  • Vous avez le droit de réduire. Cela n'annule rien de ce que vous avez déjà fait.

Fondements scientifiques

Cette fiche s'appuie sur le volet consacré aux jeunes d'une enquête nationale de la statistique publique française, sur une étude de prévalence menée auprès d'étudiants français, et sur des travaux qualitatifs sur les aspects positifs de l'aide. Voir les références détaillées →

Si vous êtes enseignant, parent ou professionnel

Cette page est écrite pour la personne concernée, pas pour vous. Si vous pensez à quelqu'un en la lisant, la chose la plus utile n'est pas de lui envoyer le lien, c'est de poser une phrase : « est-ce que tu aides quelqu'un chez toi ? ». Presque personne ne se dit aidant tant qu'un autre n'a pas mis le mot le premier4. La fiche générale et la fiche sur les interlocuteurs sont plus adaptées à votre position.

Et maintenant ?

Deux minutes pour vous

Vous êtes allé jusqu'au bout. C'est déjà du temps pris pour vous.

Faire le point en deux minutes

Sans inscription, sans adresse à laisser, sans suite automatique.

Ce contenu relève de la prévention et de l'éducation à la santé. Il ne remplace ni un avis médical, ni un suivi psychologique. Si vous traversez une période difficile, parlez-en d'abord à votre médecin traitant. En cas d'urgence vitale, appelez le 15. Pour la prévention du suicide, le 3114 répond jour et nuit, gratuitement. Voir aussi nos ressources d'aide.

Signature, portée et sources

Autrice : Elisabeth Bélot-Grimaud, PhD, docteure en psychologie cognitive et psycholinguiste.

Ce contenu relève de la prévention et de l'éducation à la santé. Il ne remplace ni un avis médical ni un suivi psychologique. Premier interlocuteur : votre médecin traitant. Urgence vitale : 15. Prévention du suicide : 3114, gratuit, jour et nuit. Maltraitance des personnes âgées et des adultes handicapés : 3977.

Informations vérifiées au 29 août 2026. Pour les droits et les démarches, la source qui fait foi est service-public.fr.

Sources

  1. Drees (2025). Trois aidants sur dix accompagnent seuls leur proche, six sur dix sont en activité ou étudiants. Études et Résultats, n° 1358, décembre 2025 (encadré consacré aux jeunes aidants).
  2. Chevrier, B., Untas, A. et Dorard, G. (2023). Young adult caregivers in higher education: a study of prevalence in France. Journal of Further and Higher Education, 47(5), 699-710. doi.org/10.1080/0309877X.2023.2190878
  3. Mishra, N., Datti, R. S., Tewari, A. K. et Sirisety, M. (2023). Exploring the positive aspects of caregiving among family caregivers of the older adults in India. Frontiers in Public Health, 11. doi.org/10.3389/fpubh.2023.1059459
  4. O'Connor, D. L. (2007). Self-identifying as a caregiver: Exploring the positioning process. Journal of Aging Studies, 21, 165-174. doi.org/10.1016/j.jaging.2006.06.002

Référence de la ressource

Autrice : Elisabeth Bélot-Grimaud, PhD
Première publication : août 2026
Dernière mise à jour : 29 août 2026

Citation recommandée (APA 7e édition)

Bélot-Grimaud, E. (2026). Jeune aidant : aider quand on a vingt ans. Santé Mentale Positive. https://santementalepositive.fr/jeunes-aidants.html

Document de référence de cette ressource. Pour toute publication, communication ou utilisation académique, veuillez citer cette version.