L'essentiel en 30 secondes
- C'est quoi, un but intrinsèque ? Un but qui nourrit de l'intérieur : grandir, se relier aux autres, contribuer autour de soi, prendre soin de sa santé.
- Et un but extrinsèque ? Un but qui passe par le regard des autres : l'argent, l'image, la célébrité. Il peut motiver fort, mais il nourrit peu.
- Atteindre son but rend-il heureux ? Atteindre un but intrinsèque, oui. Atteindre argent et image n'apporte pratiquement rien au bien-être, parfois même du mal-être.
- Faut-il renoncer à l'argent ? Non. C'est une question de place : c'est quand argent et image passent devant le reste que le bien-être s'abîme.
D'où vient cette idée ?
C'est la quatrième des six « mini-théories » de la théorie de l'autodétermination, appelée théorie du contenu des buts. Elle est née d'une question dérangeante posée par Tim Kasser et Richard Ryan au début des années 1990 : que devient le bien-être des personnes pour qui la réussite financière est le but central de la vie ? Leur réponse a donné son titre à l'étude : « la face sombre du rêve américain ». Plus ce but domine, moins la personne va bien1.
Les mêmes chercheurs ont ensuite dessiné deux familles de buts de vie2. Les buts intrinsèques nourrissent directement les trois besoins fondamentaux : grandir comme personne, construire des liens, contribuer à sa communauté, rester en bonne santé. Les buts extrinsèques passent par le regard des autres : la richesse, l'image, la célébrité. On peut les poursuivre avec énergie, mais ils ne nourrissent pas de l'intérieur.
buts qui nourrissent : grandir, se relier, contribuer, rester en bonne santé2
buts qui laissent sur leur faim : l'argent, l'image, la célébrité2
Atteindre son but ne suffit pas
On pourrait objecter : si ces personnes vont moins bien, c'est peut-être qu'elles n'ont pas encore réussi. Une étude a suivi de jeunes diplômés un an après leurs études pour vérifier3. Résultat : atteindre ses buts intrinsèques augmente le bien-être, en nourrissant justement l'autonomie, la compétence et le lien. Atteindre ses buts extrinsèques, en revanche, n'améliore pas le bien-être, et va même de pair avec plus de signes de mal-être. Le succès ne répare pas un but qui ne nourrit pas.
Ce constat a été confirmé à grande échelle. Une méta-analyse (une synthèse chiffrée de nombreuses études) montre que donner la priorité aux buts extrinsèques sur les buts intrinsèques coûte au bien-être, et ce dans des pays et des cultures très différents4. Une autre méta-analyse, consacrée au matérialisme, aboutit au même tableau : plus les possessions et l'image comptent, moins le bien-être suit5.
Idée reçue
« Une fois riche et reconnu, le bien-être suivra. »
Le pouvoir du « pour quoi faire »
Le contenu du but agit aussi à petite échelle, sur une simple consigne. Dans une série d'expériences en classe, le même exercice était présenté soit avec un but intrinsèque (« cela vous aidera à progresser, à prendre soin de vous »), soit avec un but extrinsèque (« cela vous aidera à gagner plus, à soigner votre image »). Le cadrage intrinsèque a produit un apprentissage plus profond et une persistance plus durable, surtout quand la consigne laissait aussi une part de choix6. La raison que l'on donne à un effort change ce que cet effort produit.
Ce que la science discute encore
Ces travaux ne condamnent ni l'argent ni le soin de son apparence. Avoir de quoi vivre en sécurité compte, et la théorie parle bien de priorité : c'est quand l'argent et l'image passent devant le reste que le bien-être s'abîme4. Par ailleurs, la plupart des études mesurent des liens sans prouver les causes : on ne sait pas toujours si les buts extrinsèques abîment le bien-être, ou si un mal-être pousse à chercher des compensations extérieures, les deux pouvant s'entretenir5.
Ce que dit la science
Voici les grandes lignes, avec pour chacune une petite jauge : plus elle est remplie, plus la preuve est solide.
| Sur quoi ? | Ce que montre la science | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Prioriser argent et image coûte au bien-être | Confirmé par méta-analyse, dans des cultures variées. | |
| Atteindre un but intrinsèque nourrit le bien-être | Montré par étude de suivi, via la satisfaction des besoins. | |
| Un cadrage intrinsèque améliore l'apprentissage | Démontré expérimentalement en classe. | |
| Qui cause quoi (buts ou mal-être d'abord ?) | Encore débattu : des liens montrés, des causes à prouver. |
résultats à confirmer · confirmé, effets modestes · solidement établi
Premiers pas : retrouver le but qui nourrit
Prenez un objectif qui vous occupe en ce moment (une promotion, un projet, un chiffre à atteindre) et posez-lui trois questions :
- Creusez : si j'obtiens cela, qu'est-ce que cela me permettra vraiment ? Continuez jusqu'à toucher un but qui ne dépend plus du regard des autres.
- Reformulez : exprimez l'objectif dans les mots de ce but profond : apprendre, protéger les siens, contribuer, prendre soin de sa santé.
- Rééquilibrez : cette semaine, réservez un moment à un but purement intrinsèque, sans résultat à montrer : apprendre pour apprendre, voir quelqu'un pour le plaisir de le voir.
À retenir
- Deux familles de buts : intrinsèques (grandir, se relier, contribuer, santé) et extrinsèques (argent, image, célébrité).
- Les buts intrinsèques nourrissent les besoins fondamentaux ; les extrinsèques passent par le regard des autres.
- Même atteints, les buts d'argent et d'image n'augmentent guère le bien-être.
- La raison donnée à un effort change ce qu'il produit, jusque dans une salle de classe.
- Ce n'est pas l'argent le problème, c'est sa place : devant le reste, il coûte au bien-être.
Pour aller plus loin
Cette fiche est la quatrième pièce de la théorie de l'autodétermination ; elle s'appuie sur les trois besoins fondamentaux et rejoint la question du sens et de l'accomplissement. Choisir des buts qui ressemblent à ses valeurs, c'est aussi le cœur de la fiche Le Bien, vivre selon ses valeurs et de la motivation autonome. La pièce suivante de la théorie explique pourquoi certaines personnes fonctionnent plus par choix et d'autres plus par pression.
Fondements scientifiques
Cette fiche s'appuie sur les études fondatrices de Kasser et Ryan (1993, 1996), l'étude de suivi de Niemiec, Ryan et Deci (2009), l'expérience de Vansteenkiste et coll. (2004) et les méta-analyses de Dittmar et coll. (2014) et Bradshaw et coll. (2023). Voir les références détaillées →
Et maintenant ?
Plusieurs chemins prolongent cette page, selon ce que vous cherchez :
- Comprendre : le repère des trois familles de ressources ;
- Faire le point : le mini questionnaire pour découvrir vos ressources ;
- Essayer seul, à votre rythme : le parcours « Apaiser le stress », en étapes courtes ;
- Vivre l'expérience, en groupe : nos ateliers, pour cultiver ses ressources en les pratiquant ;
- Transmettre : la formation Premiers Secours en Santé Mentale et l'ensemble de nos actions.
Cette fiche a une vocation d'information générale et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de difficulté persistante, parlez-en à un professionnel, et voir nos ressources d'aide.
Référence de la ressource
Auteur : Elisabeth Bélot-Grimaud, Ph.D
Première publication : juillet 2026
Dernière mise à jour : 17 juillet 2026
Citation recommandée (APA 7e édition)
Bélot-Grimaud, E. (2026). Les buts de vie : pourquoi ne nourrissent-ils pas tous pareil ? Santé Mentale Positive. https://santementalepositive.fr/buts-de-vie.html
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