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BiologiquesLecture : 11 min

One Health : une seule santé

Notre santé ne s'arrête pas à la peau. Elle dépend aussi de la santé des animaux, des plantes et des milieux qui nous entourent. C'est l'idée de l'approche One Health, ou « santé globale » : une seule santé, partagée par tout le vivant. Un éclairage utile pour comprendre le lien au monde qui traverse la santé mentale positive.

L'essentiel en 30 secondes

  • Qu'est-ce que l'approche One Health ? C'est une façon de voir la santé qui relie la santé des humains, des animaux et de l'environnement, et qui fait travailler ensemble plusieurs métiers plutôt que chacun de son côté.
  • D'où vient l'idée ? L'intuition remonte au XIXe siècle ; le terme a été lancé en 2004 pour mieux prévenir les maladies qui passent de l'animal à l'homme, puis l'approche s'est élargie à l'alimentation, à l'environnement et au climat.
  • Quel rapport avec la santé mentale ? La santé mentale positive intègre le lien au monde et au vivant. One Health donne un cadre scientifique à ce lien : prendre soin des milieux, c'est aussi une façon de prendre soin de nous.
  • Est-ce que ça marche ? Ses résultats les plus solides concernent la prévention. Sa difficulté est ailleurs : faire travailler ensemble des secteurs séparés, ce qui reste inégal d'un pays à l'autre.

Une seule santé pour tout le vivant

One Health, qu'on traduit par « une seule santé » ou « santé globale », part d'un constat simple : la santé des humains, des animaux, des plantes et des écosystèmes est interdépendante. On ne peut pas bien soigner l'une en ignorant les autres. Plutôt que de travailler chacun dans son coin, l'idée est de faire collaborer plusieurs métiers et plusieurs disciplines : médecine humaine, santé animale, écologie, sciences de l'environnement, sciences sociales, décideurs publics et communautés concernées1.

C'est donc une approche collaborative, multisectorielle et transdisciplinaire, appliquée du niveau local au niveau mondial, pour viser de meilleurs résultats de santé2. Au-delà des seuls médecins et vétérinaires, elle met en avant des principes plus larges : l'équité entre secteurs, l'équilibre entre les sociétés et leur environnement, la confiance et la prise en compte de savoirs variés, y compris locaux3.

Une définition officielle, et ses principes

Longtemps, chacun a employé l'expression à sa manière. En 2021, quatre organisations internationales ont réuni un groupe d'experts, l'OHHLEP (One Health High-Level Expert Panel), pour poser une définition commune. Elle décrit One Health comme une approche intégrée et unificatrice, qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes8.

Cette définition s'accompagne de principes qui dépassent la seule technique sanitaire : l'équité entre les secteurs, l'inclusion et l'accès égal, la parité, l'équilibre entre les sociétés et leur environnement, l'intendance (prendre soin de ce dont on a la charge) et le travail entre disciplines8. Pour la mettre en pratique, ses auteurs résument le travail à faire en quatre mots : communiquer, coordonner, collaborer et renforcer les compétences8.

En mars 2022, les quatre organisations concernées (santé humaine, santé animale, alimentation et agriculture, environnement) ont signé un accord qui leur donne un cadre de travail commun3. La santé globale y est présentée comme un bien public mondial : quelque chose dont tout le monde bénéficie, et que personne ne peut produire seul9.

D'une seule santé à la santé globale

L'expression est jeune, mais l'intuition est ancienne. Voici les grandes étapes, telles que les retracent les travaux d'histoire du concept et la thèse du nutritionniste Pierre Weill4 :

  • Vers 1850 : le médecin allemand Rudolf Virchow parle d'« une seule médecine » (One Medicine) en décrivant un parasite, Trichinella spiralis, qui touche à la fois l'animal et l'homme10.
  • Années 1960 : le vétérinaire Calvin Schwabe reprend et développe cette idée, à partir de son travail auprès des éleveurs dinka du Soudan11.
  • 2004 : le terme « One Health » est lancé officiellement lors d'une conférence organisée par la Wildlife Conservation Society, sous le titre « un seul monde, une seule santé », dans un contexte de lutte contre les zoonoses, ces maladies qui passent de l'animal à l'homme11.
  • 2005 : l'idée se diffuse avec la crise de la grippe aviaire4.
  • 2010 : les organisations mondiales de la santé humaine, de la santé animale et de l'agriculture forment une « alliance One Health » et y ajoutent la question de la résistance aux antibiotiques4.
  • 2021-2022 : un panel d'experts de haut niveau associe la santé environnementale aux trois précédentes, puis un accord entre quatre organisations internationales installe la santé globale comme priorité partagée8.

Au fil du temps, le regard s'est donc élargi : d'une collaboration entre médecine humaine et médecine vétérinaire centrée sur les zoonoses, vers une « santé globale » qui englobe aussi la résistance aux antibiotiques, la pollution, l'alimentation, la biodiversité, le climat et la santé en ville12. Des approches cousines sont nées en chemin, comme l'EcoHealth et la Planetary Health, pour redonner toute sa place à la dimension écologique, parfois perdue dans les premières formulations12.

À quoi ça sert ?

La santé globale n'est pas une théorie abstraite : c'est surtout une manière d'organiser la prévention. Ses apports les mieux établis concernent la préparation et la détection précoce des menaces sanitaires5.

Deux chiffres expliquent pourquoi le monde animal y tient une telle place :

60 %

des 1 400 maladies infectieuses connues chez l'homme viennent des animaux13

75 %

des maladies infectieuses nouvelles sont des zoonoses, transmises de l'animal à l'homme13

Les organisations internationales ont retenu six domaines d'action prioritaires : les services de laboratoire, le contrôle des zoonoses, les maladies tropicales négligées, la résistance aux antimicrobiens, la sécurité des aliments et la santé environnementale3. Au quotidien, on retrouve donc la santé globale sur :

  • Les zoonoses : prévenir, détecter tôt et maîtriser ensemble les maladies transmises par les animaux ;
  • La résistance aux antibiotiques : surveiller et agir à la fois côté humain, animal et environnemental ;
  • La sécurité des aliments : relier la qualité des sols, des élevages et de nos assiettes ;
  • L'environnement et le climat : intégrer la pollution, l'eau, la biodiversité et nos expositions quotidiennes ;
  • Certaines maladies chroniques comme l'asthme et les allergies, liées à l'ensemble de nos expositions de vie6.

Un exemple concret : du sol au sang

Comment la santé d'un champ peut-elle rejoindre la nôtre ? La thèse de Pierre Weill4 en donne une illustration à propos des acides gras oméga 3. Un sol vivant nourrit des plantes riches en oméga 3 (comme l'herbe et le lin). Ces plantes nourrissent des animaux dont la santé et la fertilité s'améliorent, tout en réduisant l'empreinte de l'élevage sur le climat. Enfin, les produits de ces animaux (lait, viande, œufs) apportent à l'homme une alimentation de meilleure qualité, associée à un meilleur profil sanguin.

La santé du sol, de la plante, de l'animal et de l'homme se répondent ainsi tout au long de la chaîne. C'est ce que résume le vieux « principe d'incorporation » : je suis ce que je mange. L'auteur va plus loin en proposant des repères mesurables de cette santé globale, jusqu'à un simple marqueur dans le sang. L'idée est forte : rendre visible, par la mesure, un lien que l'on ressentait sans toujours pouvoir le prouver.

Quel lien avec la santé mentale positive ?

La santé mentale positive se définit sur ce site comme un processus qui se vit « au sein d'une vie en résonance avec le monde, soi et autrui ». Le lien au monde et au vivant fait donc partie, à part entière, de ce qui nourrit notre équilibre. L'approche One Health lui donne une base scientifique : notre santé, y compris mentale, n'est pas séparable de celle des milieux où nous vivons.

Le chemin le mieux étudié entre l'environnement et le bien-être psychique est le contact avec la nature : la fiche nature, biodiversité et santé mentale montre qu'un milieu riche de vie soutient notre santé mentale, et l'émerveillement devant le vivant en est l'une des portes. D'autres pistes s'explorent, comme le dialogue entre notre environnement et notre microbiote (l'idée d'holobionte, l'humain et ses microbes en un tout), ou la qualité de notre alimentation et de notre mode de vie (voir les habitudes qui nourrissent l'équilibre). Cette piste se précise : les microbiotes sont aujourd'hui décrits comme un connecteur biologique entre les humains, les animaux et les milieux, avec des micro-organismes partagés qui circulent de l'un à l'autre14.

Un point mérite d'être souligné, car il rejoint directement la démarche de ce site : des chercheurs en promotion de la santé appellent la santé globale à ne pas rester centrée sur les maladies. Ils proposent d'y ajouter une perspective de santé positive, c'est-à-dire ce qui se cultive et pas seulement ce qui se prévient, en y incluant le bien-être animal et la place que chaque culture donne au vivant15. C'est la distinction qui structure ce site : prévenir les troubles et cultiver ses ressources sont deux mouvements différents, à mener côte à côte.

Restons mesurés : One Health est d'abord une approche de santé publique, et le lien direct entre santé globale et santé mentale reste un champ de recherche émergent. Mais l'esprit rejoint celui de ce site : prendre soin du vivant autour de soi est aussi une façon de prendre soin de soi. Le milieu de vie compte d'ailleurs comme une ressource à part entière : voir les ressources externes.

Intérêt et limites

Les bénéfices de la santé globale sont surtout nets pour la prévention et la détection précoce, avec des preuves plus solides pour certaines zoonoses et maladies tropicales5. L'approche rejoint aussi les objectifs de développement durable, en cherchant des bénéfices partagés entre santé, environnement et alimentation.

Sa mise en œuvre reste toutefois difficile. Les obstacles les plus souvent cités sont le travail en silos, une gouvernance découpée par secteurs, le manque de moyens, une volonté politique parfois faible et le manque d'outils d'évaluation fiables7. Autrement dit, l'idée fait consensus, mais la faire vivre au quotidien demande de la coordination.

Une analyse critique récente précise que ces obstacles sont d'organisation plutôt que d'idée : les administrations restent découpées par secteurs, les formations professionnelles sont cloisonnées, les objectifs demeurent flous sur le terrain, et l'on n'agit souvent qu'au moment des crises16. Trois limites reviennent en particulier :

  • Un héritage encore présent : la santé globale reste surtout appliquée aux zoonoses et à la résistance aux antibiotiques, peu de travaux ont réellement dépassé ce cadre17 ;
  • Un volet environnemental parent pauvre : il est sous-représenté, et les contextes sociaux, culturels et politiques sont souvent laissés de côté. D'où la proposition d'un cadre élargi, la Relational One Health, qui redonne toute sa place à l'environnement et aux relations entre les vivants18 ;
  • Une surveillance encore séparée : les systèmes de suivi des maladies restent organisés secteur par secteur, ce qui freine précisément l'approche intégrée qu'ils devraient servir19.

Rien de tout cela n'invalide l'approche : cela indique plutôt où porte l'effort à venir.

De la science à la pratique : ce qui précède rapporte ce que les études observent. Ce qui suit est ma proposition pédagogique, cohérente avec ces travaux, sans promesse de résultat.

Premiers pas : relier votre santé à celle du vivant

Nul besoin d'agir à l'échelle de la planète. Une petite attention suffit pour relier votre bien-être à celui du vivant.

  1. Choisissez un geste parmi ceux-ci : offrir un moment régulier au contact de la nature en remarquant ce qui y vit, ajouter un peu plus de végétal et de variété dans une assiette, ou prendre soin d'un coin de vivant proche (quelques plantes, un balcon, un jardin partagé).
  2. Réalisez-le cette semaine, sans chercher à tout faire : un seul geste suffit.
  3. Observez ensuite comment vous vous sentez.

À retenir

  • One Health, ou « santé globale », relie la santé des humains, des animaux et de l'environnement : une seule santé.
  • Née pour prévenir les maladies venues de l'animal, elle s'est élargie à l'alimentation, à la biodiversité et au climat.
  • Son apport le mieux établi est la prévention ; sa principale difficulté est de faire travailler ensemble des secteurs séparés.
  • Elle éclaire le lien au monde et au vivant présent dans la santé mentale positive, même si ce lien direct reste un champ de recherche récent.
  • Des chercheurs l'appellent aujourd'hui à s'ouvrir à la santé positive : cultiver ce qui va bien, et pas seulement prévenir ce qui va mal.
  • À notre échelle, prendre soin du vivant autour de soi est aussi une façon de prendre soin de soi.

Fondements scientifiques

Cette fiche s'appuie sur la définition de consensus des organisations internationales, sur des synthèses de preuves récentes et sur une analyse critique de leur mise en œuvre. Voir les références détaillées →

Et maintenant ?

Plusieurs chemins prolongent cette page, selon ce que vous cherchez :

Cette fiche a une vocation d'information générale et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si vous traversez une période difficile, parlez-en à votre médecin ou consultez nos ressources d'aide.

Référence de la ressource

Autrice : Elisabeth Bélot-Grimaud, PhD
Première publication : juillet 2026
Dernière mise à jour : 22 août 2026

Citation recommandée (APA 7e édition)

Bélot-Grimaud, E. (2026). One Health : une seule santé (santé globale). Santé Mentale Positive. https://santementalepositive.fr/one-health-sante-globale.html

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