Aller directement au contenu
PsychologiquesLecture : 7 min

La gratitude : savourer et remercier

Remarquer ce qui est déjà bon dans sa vie, l'apprécier vraiment et prendre le temps de le reconnaître : voilà la gratitude. Dans la classification des forces de caractère, c'est une force de la vertu de transcendance, et l'une des plus simples à cultiver au quotidien.

L'essentiel en 30 secondes

  • Qu'est-ce que la gratitude ? Remarquer et apprécier ce qui est bon dans sa vie, et prendre le temps de le reconnaître ou de le remercier.
  • Est-ce voir la vie en rose ? Non : la gratitude n'efface pas les difficultés, elle aide à ne pas les laisser tout envahir.
  • À quoi sert-elle ? Elle est l'une des forces les plus liées au bien-être, et elle renforce le sentiment de lien aux autres.
  • Comment la cultiver ? Par des pratiques simples et régulières, comme noter chaque soir quelques bonnes choses de la journée.
  • Que disent les études ? Les exercices de gratitude augmentent surtout le bien-être et les émotions positives. Les effets sur la dépression et l'anxiété existent aussi, mais ils restent plus modestes.

Qu'est-ce que la gratitude ?

Dans la classification de Peterson et Seligman, la gratitude fait partie des 24 forces de caractère, classée sous la vertu de la transcendance, avec l'appréciation de la beauté, l'espoir et la spiritualité : les forces qui relient à quelque chose de plus grand que soi et donnent du sens1.
On la définit comme le fait de remarquer et apprécier ce qui est bon dans sa vie, et de prendre le temps de le reconnaître ou de le remercier. Tenir un « journal de gratitude » est d'ailleurs associé à plus d'émotions positives, un meilleur sommeil et un plus grand sentiment de connexion aux autres2.

Idée reçue

« Être reconnaissant, c'est voir la vie en rose et ignorer ses vrais problèmes. »

Ce que dit la science

La gratitude ne nie pas les difficultés. Chez des étudiants, elle amortit l'effet des tracas quotidiens sur la satisfaction de vie : les personnes reconnaissantes encaissent mieux les petits soucis, sans pour autant les ignorer3.

Une force de transcendance… tournée vers le lien

La gratitude relie à plus grand que soi, mais elle est aussi profondément relationnelle : on est le plus souvent reconnaissant envers quelqu'un, et l'exprimer resserre les liens. C'est l'une des forces les plus fortement associées au bien-être4. C'est pourquoi, sur ce site, cette force est rattachée au Bon : remercier, c'est nourrir la relation.

La gratitude, le Bon et la D.O.S.E.®

Sur ce site, la gratitude est rattachée au Bon, le lien aux autres : reconnaître ce que l'on reçoit et le dire renforce le sentiment d'appartenance et la confiance mutuelle. Elle fait aussi écho au O du repère D.O.S.E.® : l'ocytocine, molécule du lien et de la confiance, accompagne les moments où l'on se sent relié et reconnaissant. Dire merci fait du bien à celui qui reçoit… comme à celui qui l'exprime.

Gratitude et bien-être : ce que montrent les études

Les personnes reconnaissantes rapportent, de façon très cohérente, davantage de satisfaction de vie, de bonheur et d'émotions positives6. Mais est-ce la gratitude qui fait du bien, ou l'inverse ? Les études qui suivent les personnes dans le temps aident à répondre. Dans une étude de population menée sur sept mois et demi, la gratitude annonçait modestement le bien-être à venir, sans prédire clairement les symptômes comme la dépression ou l'anxiété7. Chez des adolescents, gratitude et bien-être se nourrissent l'un l'autre au fil du temps8. La gratitude apparaît donc surtout comme une alliée du versant positif de la santé mentale.

Les exercices de gratitude sont-ils efficaces ?

Le journal de gratitude ou la lettre de remerciement comptent parmi les pratiques les plus étudiées de la psychologie positive. Une revue de 64 essais randomisés (des études où un tirage au sort compose les groupes, la méthode la plus fiable) conclut à une meilleure santé mentale, à moins d'anxiété et de dépression et à davantage d'émotions positives après ces exercices9. Une méta-analyse, c'est-à-dire une synthèse chiffrée de nombreuses études, confirme pour l'expression de la gratitude un gain de bien-être psychologique, modeste mais réel10.

Pour les symptômes dépressifs et anxieux, en revanche, les effets sont petits, et plus faibles encore quand on compare la gratitude à une autre activité crédible plutôt qu'à une simple liste d'attente11 : ces exercices ne remplacent donc pas un accompagnement quand on va mal. Un essai sur six semaines auprès d'adultes au bien-être fragile a toutefois observé une amélioration durable du bien-être mental, encore visible six mois plus tard, sans avantage particulier sur la détresse12.

3

bonnes choses à noter chaque soir : un exercice de gratitude validé par la recherche5

64

essais randomisés passés en revue concluent à une meilleure santé mentale après les exercices de gratitude9

Pour qui, dans quelles conditions ?

Les effets varient selon les publics et la régularité de la pratique. Une comparaison directe de sept exercices de gratitude montre qu'ils augmentent surtout les émotions positives, avec des effets moins constants sur la satisfaction de vie13.
Chez les travailleurs, c'est plutôt le stress perçu et l'humeur qui s'améliorent, et les programmes très brefs, quelques listes de gratitude seulement, ne changent souvent rien14.
Chez les personnes âgées, un entraînement à la gratitude a augmenté la satisfaction de vie, les émotions positives et la résilience, sans réduire la dépression dans cette étude15.

Ces gains d'émotions positives ne sont pas anodins : selon la théorie broaden-and-build, répétés, ils élargissent le regard et construisent des ressources durables.

Ce que dit la science

Voici les grandes lignes, avec pour chacune une petite jauge : plus elle est remplie, plus la preuve est solide.

En bref : ce que la gratitude peut vous apporter
Sur quoi ?Ce que montre la scienceNiveau de preuve
Bien-être et émotions positivesEn hausse après les exercices, dans plusieurs méta-analyses.
Satisfaction de vieRésultats positifs mais moins constants selon les études.
Symptômes dépressifs et anxieuxPetites baisses, plus faibles face à des comparaisons exigeantes.
Lien aux autresLa gratitude exprimée nourrit la relation et l'appartenance.

résultats à confirmer  ·   confirmé, effets modestes  ·   solidement établi

Premiers pas : les trois bonnes choses

  1. Chaque soir, pendant une semaine, notez trois choses qui se sont bien passées dans votre journée, même minuscules (un rayon de soleil, un bon café, un sourire) (Voir la fiche Beau Bien Bon).
  2. Pour chacune, demandez-vous brièvement : « pourquoi est-ce arrivé ? quel a été mon rôle ? »
  3. Une variante tournée vers le lien : écrivez, une fois, un mot de remerciement à quelqu'un qui a compté pour vous.

Ces exercices, validés par la recherche5, aident à réorienter durablement l'attention vers le positif.

À retenir

  • La gratitude, c'est remarquer, apprécier et exprimer ce qui est bon dans sa vie.
  • C'est une force de la vertu transcendance, mais profondément tournée vers le lien.
  • Elle n'efface pas les difficultés : elle amortit les tracas sans les nier.
  • Elle nourrit le Bon et fait écho au O (ocytocine, le lien et la confiance) du repère D.O.S.E.®.

Une précision utile

La gratitude est l'une des pratiques les mieux étudiées en psychologie positive, et son lien au bien-être est solide4. Elle reste toutefois un appui, pas une solution à tout : elle aide à mieux traverser les tracas du quotidien, mais elle ne remplace pas l'action sur les vraies difficultés ni, si besoin, l'aide d'un professionnel3. Bon à savoir : le secret, c'est la régularité, pas l'intensité.

Fondements scientifiques

Cette fiche s'appuie sur la classification de Peterson et Seligman, sur les travaux d'Emmons et McCullough, de Tachon, Shankland et leurs collègues, de Wagner et de Seligman, sur la revue de Wood et coll. (2010) et sur les méta-analyses récentes des interventions de gratitude (Cregg et Cheavens, 2020 ; Diniz et coll., 2023 ; Kirca et coll., 2023). Voir les références détaillées →

Et maintenant ?

Plusieurs chemins prolongent cette page, selon ce que vous cherchez :

Cette fiche a une vocation d'information générale et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Se forcer à la gratitude quand on va mal peut être contre-productif : toutes les émotions ont leur place. Voir aussi nos ressources d'aide.

Référence de la ressource

Auteur : Elisabeth Bélot-Grimaud, Ph.D
Première publication : juillet 2026
Dernière mise à jour : 17 juillet 2026

Citation recommandée (APA 7e édition)

Bélot-Grimaud, E. (2026). La gratitude : savourer et remercier. Santé Mentale Positive. https://santementalepositive.fr/force-gratitude.html

Document de référence de cette ressource. Pour toute publication, communication ou utilisation académique, veuillez citer cette version.